Chère Tortue,
Ta légende pour les lettres chinoises m'a beaucoup intéressé.

Seulement, toi et moi, nous parlons des langues différentes et il est possible que je n'aie pas compris quelque chose.

Saint-Exupéry nous avait dit que la "langue est une source de malentendus". D'où un traitement faux de la légende.On se demande:"Faut-il brûler  la carapace sèche pour en obtenir des lettres éclaircissant l'esprit? Ce serait la question que la légende suggère.

 Je dirais: Oui. Au nom de l'éveil spirituel, tout et permis, y compris les actes destructifs,.

car, après cet éveil, arrive la liberté totale: morale, physique, personnelle, sociale.

C'est pourquoi j'ai aimé la légende.
A mon tour, je voudrais te raconter une histoire bouleversant profondement notre communauté de castors. Elle est triste à mourir et nous fait pleurer tous, surtout nos petits.

La voici:
Un après-midi, au coucher du soleil, un Berger jouait de la flûte en regardant son troupeau de brebis se reposer après le pâturage. Un peu à l'écart il y avait un petit mouton qui bêlait sans cesse et ses larmes couvraient tout son visage.

Le Berger demanda:"Pourquoi pleures-tu, mon petit mouton?" Celui-ci expliqua: "Te souviens-tu, Berger, il y a dix jours, le fleuve est arrivé trop fort, le troupeau fut coincé sur l'autre rive,tu étais juste en face, tu criais, hurlais, suppliais le bon Dieu que le torrent n'entraîne pas le troupeau dans ses eaux violentes. Ce fut alors ma mère Rogoucha

qui ramassa toutes ses forces et eut le courage de faire passer le troupeau par les eaux bouillonnantes. Ma mère, elle , sauva le troupeau.

Tu attendais sur la rive opposé, sans plus de forces, mais heureux, et embrassais tous les brebis l’une  après l'autre. Et à travers les larmes, tu as dis à Rogoucha:

" Je vais couvrir tes cornes d'or et tes pattes d'argent"

Seulement, le lendemain, sont venus  les marchands de viande, et tu leur as vendu Rogoucha. C'est pour cela que je pleure maintenant. pour ma mère vendue aux bouchers"
Le Berger resta muet , immobile, consterné. Il interrompit sa musique et sa flûte ne sonna plus jamais. Toute la forêt retentissait des bêlements prolongés du troupeau."
C'est l'histoire.

Tu comprends maintenant pourquoi je t'avais parlé  de Mark Twen, pourquoi je pense que les animaux sont plus humains et que c’est là qu’il faut chercher le remède pour nos blessures. Qui choisis-tu, le Berger ou Rogoucha? Et qui est le plus détestable, le berger ou le marchand ? Tu voterais pour Rogoucha, j'en suis sûr, repliquant tout de même que le Berger devrait assurer son existence. Mais, quelle serait cette existence assurée contre noblesse, abnégation, générosité, courage? Quand il"va se réveiller, s'affirmer, se construire, devenir
ce qu'il est, se détachant de la masse", comme tu dis,s'il a besoin de ressources matérielles?

 Le berger, connaît-il le prix de la gratitude?
Tu me répondras, j'espère, comme tu voudras.

De toute façon, tu es dans une position favorable, grâce à ta carapace solide.

Tu sais, mes poils me rendent vulnérable, donc, plus facile d'être convaincu et neutralisé en cas d'avis opposé. Soit. Chacun continuera son chemin- tu croiras en l'homme, moi, j'en suis , malheureusement désillusionné. Ainsi va le monde, dans un accord imparfait.
Heureusement...
A bientôt.

Le Castor

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